Il y a quelques temps, lorsque j’ai pris la décision de me passer des services d’édition et de distribution d’Amazon, j’étais prêt à prendre en charge moi-même ces deux aspects de la vie d’un livre. Bien sûr, j’avais conscience de la charge de travail supplémentaire, mais ma liberté et mon engagement idéologique m’importaient plus.

À l’origine, je ne cherchais pas de statut spécifique, je pensais simplement me lancer dans mon activité en tant que particulier. Fiscalement, sur la déclaration d’impôts, ça allait tout bêtement dans la case BNC. Mais peu à peu, les complications sont apparues…

Tout commença avec la CNIL, la commission nationale informatique et libertés. En effet, si je dois m’occuper moi-même de la distribution de mon roman, cela veut dire que je dois le vendre, et j’avais dans l’idée d’utiliser mon site pour cela. Seulement, cela implique de devoir récolter des données personnelles : adresse de livraison, coordonnées bancaires… autant d’informations précieuses qui doivent être protégées. La CNIL sert à ça, grosso modo. Ni une ni deux, je les contacte et leur demande plus de renseignements. Il faut que je m’inscrive à leur registre, mais pour cela, ils ont besoin de mon numéro de SIRET. Mince, mais je ne suis pas une entreprise ! Je ne suis qu’un particulier. Et en tant que tel, je n’ai aucune obligation de m’inscrire.

Ça pose un léger problème : pour un commerce, aussi petit que sera le mien, il est important de sécuriser les données personnelles. Qu’à cela ne tienne, je vais créer ma boîte ! Et le parcours du combattant commença…

Je n’y connais rien en auto entreprenariat, alors je saisis mon téléphone et contacte la chambre du commerce de mon département. Après 30 minutes d’attente, je tombe sur une personne avec un accent à la limite de l’incompréhensible. Rajoutons à la « difficulté vocale » un manque de compréhension. Pourtant ma question est claire : « j’écris un roman, si je le produis en faisant appel à une imprimerie moi-même et que je le vends par mes propres moyens, quel statut dois-je adopter ? ». On pourrait même simplifier par « j’écris, j’imprime, je vends : quoi moi être ? ».

Le monsieur a du mal à m’orienter ailleurs que vers des ateliers qui coûtent 60 € de l’heure. 60 €, je ne suis même pas sûr de me les faire en une semaine, voir plus. Mon activité, je la fais par plaisir, je veux tout faire proprement, mais en aucun cas cela deviendra un gouffre financier pour moi. Ne pas gagner, OK, perdre, sûrement pas. Peu à peu, il m’oriente vers l’URSSAF.

En réalité, c’est dans la maison qui rend fou des 12 travaux d’Astérix que je me dirige.

C’est simple, je me retrouve valdingué entre trois entités : l’URSSAF (pour rappel, c’est l’interlocuteur privilégié des entrepreneurs mais aussi des travailleurs indépendants), la maison des artistes, et l’Agessa (ces deux derniers sont en gros les organismes de sécurité sociale pour les artistes auteurs). Aucune n’est fichue de me dire avec précision vers quel statut je dois me diriger, ni même me dire dans quel secteur d’activité je dois me situer. Certains interlocuteurs considèrent que je mène une activité commerciale, d’autres que je mène une activité d’écrivain, d’autres ne savent tout simplement pas, et j’ai souvent l’impression qu’il y en a même qui, par fainéantise devant un cas un peu particulier, préfèrent passer le dossier à quelqu’un d’autre, quitte à me perdre. Plutôt blasant.

Au final, devant l’incompétence de tous, et devant toutes les contre-indications qui me sont offertes avec, en enrobage, un flou général qui laisse pantois, je décide de directement appeler des personnes dans ma situation : des écrivains indépendants. Ça tombe bien, rayon de lumière dans la nuit noire, l’un des pseudos conseillers de la maison des artistes m’avait parlé d’un blog tenu par une écrivaine, écrivaine qui donnait des conseils d’orientation pour ses pairs. Qu’à cela ne tienne, allons-y !

Cette personne, que je nommerai Julie, a publié par ses propres moyens deux ouvrages, et propose également des services de relecture, de réécriture, d’accompagnement, et porte aussi la casquette d’écrivain public. Un profil plutôt complet ! Je jette un œil sur les prix, ça fait mal : 40 € de l’heure pour à peu près chaque type de prestation. Ceci dit, il y a un numéro de téléphone. Comme on dit, qui ne tente rien n’a rien, j’appelle.

J’ai au bout du fil une femme très charmante avec un accent bordelais, et très rapidement, elle m’encourage à expliquer ma situation. J’obtempère, et elle s’esclaffe : elle se retrouve totalement dans ma situation ! Elle m’explique alors qu’elle a opté pour le statut de profession libérale, essentiellement car elle est également écrivaine publique. Sans quoi, elle se serait dirigée vers le libellé de l’édition ou de l’auto édition. C’est une catégorie à part entière dans les activités des professions libérales, catégorie qui correspond le mieux à ce dans quoi je veux me lancer.

Elle rentre un peu plus dans le détail, et me dit néanmoins qu’il y a un gros souci : au niveau de la fiscalité, nous sommes taxés sur les recettes. Non sur les bénéfices. Exemple : j’écris mon livre, je l’imprime pour 6 € l’unité, je l’expédie pour 5 €, je le vends pour 20 € (fdp inclus). Je ne rajoute pas tout le coût de revient du site, de la couverture, des logiciels que j’utilise, etc. Je serais taxé sur les 20 € que je récolterai, non pas sur le bénéfice réel que je tirerai de ces 20 €, à savoir 9 € (sans compter ce que j’ai listé sans chiffre). Et bien à la fin de l’année, je pense qu’il y aura une belle différence si je me fais taxer à chaque fois sur 20 € plutôt que sur 9. C’est plus du double !

Je veux bien être gentil et rester dans les clous mais il y a des limites. Autant je ne fais pas ça pour l’argent, autant me faire enculer comme ça, c’est hors de question. Avec ce genre de fiscalité débile, c’est un coup à ce que mon activité génère plus de pertes qu’autre chose.

Et tout ça, c’est quelque chose qui m’a été confirmé par énormément d’autres auteurs indépendants. Quasiment tous me conseillent de simplement pas me déclarer. Pire, même les imprimeurs que j’ai contactés pour avoir des devis me le disent eux-mêmes : à ce qu’ils savent, la très grande majorité de leurs clients ne se déclarent pas. « À ce qu’ils savent ». Ça veut dire qu’il y en a encore plus.

C’est ainsi que mon idée de me lancer dans l’auto entreprenariat, après une montée fulgurante d’enthousiasme, est vite retombée pour se crasher avec moultes fracas sur la terre calcinée des promesses capitalistes.

Je mènerai donc mon activité en tant que particulier, je déclarerai ce que j’ai à déclarer dans mes BNC, car de toute façon, avant d’être imposable, il y a un sacré chemin à parcourir. Pas grand-chose à craindre pour le moment. Mais c’est quand même très déroutant de voir à quel point d’un côté on a un discours ultra motivant pour pousser les gens à entreprendre, et que de l’autre côté, toutes les démarches et toutes les « règles » sont contradictoires, illogiques, et surtout, ne garantissent rien d’autre que de sucer le peu qu’on gagnera.

Et tant pis pour la CNIL.

C’est pas pour tout de suite la Sylvain Greco Corporation…

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