L1-chapitre-17

Olivier était épuisé. Ces derniers jours, il avait dû travailler plus que de raison tant affluaient des blessés. Que ce soient des soldats ayant rencontré des créatures hostiles au cours de certaines missions, ou tout simplement des ouvriers malheureusement exposés à des accidents de chantier, toutes ces personnes avaient souvent besoin des services des ingénieurs médicaux, notamment ceux, comme Olivier, de la cybernétique organique médicale. Alors, quand il rentrait chez lui, il s’écroulait sur une chaise ou sur son lit et n’était plus apte à quoi que ce soit.

Mais depuis la création et l’officialisation du conseil dirigeant de la colonie, Olivier culpabilisait dans son inaction. Car lui qui avait vécu avec horreur la nomination du professeur Gabherdt au CDC savait, au fond de lui, qu’il avait la possibilité de révéler à tous la véritable identité de cet homme qui s’adonnait à des activités inhumaines. Il était parvenu à infiltrer son laboratoire secret, et avait découvert en cet endroit infernal des choses qu’il était loin de s’imaginer et qu’il n’aurait jamais voulu voir. Et de plus, il était revenu chez lui avec en sa possession une clé digitale qui, bien que son accès demeurât bloqué par la demande d’un mot de passe qu’il ne connaissait pas, renfermait avec certitude des informations qui mettraient à mal l’intégrité du scientifique. Voire même, si la clé contenait certains noms, celle d’autres personnes…

Le problème était assez simple : Olivier n’avait pas le mot de passe, et encore moins les compétences informatiques pour s’en passer. Si les premiers jours après son retour de l’antre de Gabherdt il avait passé des heures à contempler la clé du haut de son impuissance, peu à peu ce rituel avait laissé place à un abandon inconscient, fortement aidé par des activités professionnelles toujours plus chronophages.

Et puis il y avait eu la rencontre avec l’homme qui avait probablement provoqué la mort de sa femme… La violente remontée de traumatisme avait été telle que les effets s’en ressentaient encore maintenant. Même si Olivier était parvenu à surmonter son deuil, il n’avait pu se retenir, en comprenant qu’il était nez à nez avec la personne qui avait emporté son épouse dans le néant, de faire voler en éclats les mois et les mois d’efforts qu’il avait dû accumuler pour de nouveau faire face à la vie et y retrouver goût. Ce retour à la colère et aux tourments l’avait bien entendu écarté de sa quête de vérité à propos des activités du sinistre professeur.

Pourtant, ce soir-là, Olivier avait ressorti la clé aux secrets et l’observait, adoptant le comportement d’un cambrioleur devant une serrure qui lui résiste. Les minutes passaient, si bien qu’il n’entendit pas Flora s’asseoir à côté de lui. Sa grande fille aux cheveux bleus posa un regard songeur sur lui, puis sur l’objet de sa contemplation. Profitant de sa quasi hypnose, elle lui déroba l’objet pour l’étudier, ce qui sortit immédiatement son père de sa léthargie.

— Flora, sois gentille et rends moi ça, la pria-t-il.
— Qu’est-ce que tu fais avec une clé digitale de ce type ? demanda-t-elle très étonnée.
— Cela ne te regarde pas. Ne te mêle pas de ça.

Il ne voulait surtout pas l’impliquer dans cette histoire. Cependant, son esprit releva quelque chose dans les mots de sa fille. Alors qu’elle repartait avec une moue déçue, il la rappela.

— Attends, attends… Qu’est-ce que tu veux dire par « de ce type » ? Il y a plusieurs types de clé digitale ? Tu sembles dire que celle-ci est très différente des autres.
— Oui, elle est très spéciale. Et même très rare. C’est le genre de clé qui vaut une fortune ! Et pour cause : c’est ce qu’on appelle une clé renforcée. Elle est dotée de nombreux systèmes de sécurité pour protéger son contenu. D’où ma question : qu’est-ce que tu fais avec ça ?
— Je ne peux pas t’en dire plus.
— Et pourquoi ? s’emporta-t-elle. Je ne suis plus une enfant, enfin ! Je sais que tu cherches toujours à nous protéger Ambre et moi, mais il serait temps, en tout cas en ce qui me concerne, que tu me considères comme une adulte à part entière. En plus de ça, si tu veux que je te l’ouvre ta clé, tu n’as qu’à le demander. J’en suis parfaitement capable, ce ne serait pas la première fois que je craque ce genre de sécurité.

Olivier ne savait que répondre. Il était pris entre deux optiques diamétralement opposées : la première, qui consistait à ne pas inclure sa fille dans cette sombre affaire, le condamnait probablement à la stagnation de son enquête, et la deuxième, qui elle voyait la participation de Flora dans le décryptage de la clé, lui ouvrait la voie vers des découvertes capitales mais au prix de risques pour son enfant.

— Bon, on va y aller pas à pas. Commence d’abord par m’expliquer de quelles sécurités il s’agit.
— Avec plaisir, s’illumina Flora. Mais je veux que tu me dises tout.
— Une transparence totale, accepta Olivier non sans un pincement au cœur.
— Pour ce qui est des systèmes de sécurité d’une clé renforcée, il y en a plusieurs sortes : mot de passe, identifiant, questions… Les choses basiques y sont forcément. Mais l’originalité arrive ailleurs. Il existe par exemple des clés capables de transmettre à leurs propriétaires tous les lieux où elles sont utilisées. Dans le cas d’un vol, c’est très pratique.
— Pour nous, ça ne l’est pas du tout, soupira l’enquêteur amateur.
— Ne t’inquiète pas, le rassura sa fille, on peut facilement se « dégéolocaliser ». Il y a aussi des systèmes qui enregistrent directement sur la clé toutes les paroles prononcées pendant l’ouverture des éléments contenus. Ces données sont également transférées au propriétaire, comme pour la géolocalisation.
— C’est de pire en pire ! Tu ne vas quand même pas me dire qu’on peut être filmé à notre insu quand on utilise cette clé ?
— J’allais y venir… Mais pour ces deux dernières sécurités, il y a des moyens tout bêtes de les contourner. Si tu me fais confiance, il n’y aura aucun problème. Et tu auras tes réponses. Seulement, je tiens à savoir ce qu’il se passe. Si je dois t’aider, c’est en connaissance de cause.

Le bienveillant père de famille posa son menton sur ses deux mains et réfléchit quelques instants. Après tout, elle semblait savoir ce qu’il y avait à faire. Elle avait l’expérience. Et lui se trouvait démuni depuis bien trop longtemps pour refuser d’avancer. Même au prix de risques aussi minimes soient-ils (selon sa fille).

Olivier raconta tout à Flora. Depuis ses premiers soupçons jusqu’à la découverte de l’épouvantable laboratoire secret dans lequel il avait dérobé la fameuse clé qui lui résistait tant.

L’adolescente aux cheveux teints avait les yeux écarquillés et sa bouche béait légèrement. Quelques minutes auparavant, elle était à des années-lumière de s’imaginer son propre père lui narrer tout cela ! Maintenant, elle comprenait très bien pourquoi il rechignait tant à partager avec elle les terrifiantes vérités qu’il avait exhumées au probable péril de sa vie. Mais quelque part, cela renforçait son envie de l’aider car tout comme lui, elle avait au cœur le combat de ces abominations.

Père et fille se regardèrent. Lui était finalement très rassuré de ne plus être seul, et elle était reconnaissante d’être employée à sa juste valeur.

Olivier s’apprêtait à enfoncer la clé dans le port de son écran mais Flora le retint. Elle lui rappela les sécurités et lui demanda d’attendre quelques instants son retour. Elle disparut dans sa chambre et revint avec deux T-shirts, une paire de ciseaux, ainsi que sa tablette graphique et un stylet. Les deux vêtements allaient leur servir à se confectionner des cagoules de fortune afin de préserver leur visage d’un éventuel système de sécurité visuelle, tandis que la tablette leur permettrait de communiquer entre eux afin de ne pas faire capter leurs voix par un potentiel micro dissimulé sur la clé.

Une fois affublés de leur protection, les deux partenaires activèrent la clé, fermement décidés à en percer tous les secrets. Olivier l’inséra, et la demande de mot de passe apparut sur l’écran. Sa fille entra alors en jeu. Elle rapporta son propre matériel et le connecta, puis elle pianota à une vitesse folle toute une série de commandes sans que son père dépassé ne parvint à comprendre le sens d’aucune. Il lui faisait confiance, et c’était bien là l’essentiel. Après une petite minute, Flora passa cette première épreuve avec succès. Elle aboutit sur une série de dossiers dont un particulier attira l’œil d’Olivier : «Projet MYRRHA ».

Flora cliqua dessus mais une nouvelle demande de mot de passe s’interposa sur son chemin. Elle réitéra donc ses nombreuses manipulations mais cette fois-ci, cela ne fonctionna pas. Elle ne se découragea pas pour autant et utilisa des stratagèmes différents pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce qu’elle obtint ce qu’elle désirait. Une nouvelle fois, elle finit par ouvrir le dossier.

Et ce fut ainsi pendant près de deux heures. Olivier et sa fille, dans un silence de cathédrale, épluchèrent les moindres dossiers et fichiers et ouvrirent toutes les serrures qui leur barraient la route. Il transféra sur sa propre machine une copie de tous les éléments qui figuraient dans la clé. Ensuite, il retira celle-ci de son écran et partit dans sa chambre la ranger au fond d’un tiroir de son bureau.

— J’ai hâte de lire tout ça, siffla Flora après avoir retiré sa cagoule de fortune.
— Ta sœur ne va pas tarder à rentrer de l’école, et je suis moi-même très fatigué, répondit Olivier. Je te propose de passer à la lecture de tout cela demain, après une bonne nuit de repos.
— D’accord, pas de problème. En tout cas, je m’attendais à beaucoup plus de difficultés avec cette clé. J’en serais presque déçue…
— Ne t’inquiète pas va, rit-il jaune, quelque chose me dit que ce n’est pas du tout la fin de l’histoire et que nous aurons d’autres défis à relever.

Il en était même certain. C’était d’ailleurs pourquoi il tenait à lire le résultat de ses recherches avant sa propre fille : si lui avait découvert avec écœurement les corps dans leur cercueil de verre, ces corps sur lesquels étaient pratiquées des expériences innommables, il ne voulait pas que Flora tombe sur de sinistres visuels les illustrant. Et pour s’en assurer, il devait compulser avant elle tout ce qu’ils avaient trouvé.

Olivier s’éclipsa dans sa chambre avec sa tablette sous le coude en prétextant un subit coup de fatigue. Allongé sur son lit, la porte close, il entendit sa fille s’installer devant l’écran principal du salon, et quelques secondes plus tard, le son d’une vidéo résonna jusqu’à ses oreilles. C’était parfait, Flora occupée, il était libre de compulser seul leurs trouvailles.

Et la lecture commença.

Projet MYRRHA

Le projet consiste en un croisement entre l’ADN humain et l’ADN végétal. L’objectif principal est de transférer les capacités propres au végétal, tels que la photosynthèse ou la régénération, dans le génome humain, afin de créer un être beaucoup plus résistant au temps.

Ce projet doit impérativement rester secret. Aucun organisme d’État n’a validé le projet. Si un des participants au projet ébruite quoi que ce soit, Birkin’s Chemical niera absolument tout lien et se trouvera dans l’obligation d’éliminer la menace pour le projet. Le projet est prioritaire sur tout, y compris sur les considérations morales.

Olivier interrompit sa lecture. Ces quelques lignes lui apprirent beaucoup plus que ce qu’il était parvenu à glaner durant tout le voyage dans l’espace à bord du Phénix. Il existait donc bel et bien une activité officieuse. Mais ce qui était difficile à accepter, c’était qu’elle était commanditée par la surpuissante société pharmaceutique Birkin’s Chemical, société dont le PDG William Birkin siégeait au conseil Déméterre, le conseil à l’origine de la construction du vaisseau de colonisation. Il ignorait encore beaucoup de choses, alors il replongea dans les documents pour en apprendre encore plus.

Après bien des détails techniques et scientifiques sur le projet MYRRHA qui ne changeaient pas l’abjection que portait Olivier à ces expériences indignes de la recherche, il ouvrit un nouveau document totalement différent. En effet, il s’agissait du journal du professeur Gabherdt. Celui-ci débutait juste après le départ de la Terre.

10 janvier 2249

Cela fait deux semaines que nous sommes tous partis et je dois dire que pour le moment, rien ne me manque ! Il y a tant à faire, tant à découvrir et tant à construire… J’ai commencé à sélectionner une équipe qui m’accompagnera dans ma tâche très particulière. Pour le moment, mes petits élus ne sont au courant de rien, je me contente de les observer pour m’assurer de leur qualité et de leur future dévotion. Il est évident que les activités auxquelles je vais les mêler en révulseraient plus d’un, c’est pourquoi il est impératif de les choisir avec discernement et intelligence.

Olivier poursuivit. Pour le moment, il n’y avait rien de passionnant, seulement une personne qui racontait sa vie et ses espoirs à bord du Phénix. Cependant, certaines tournures de phrases laissaient envisager des choses cachées, des choses que les yeux qui parcouraient ces lignes avaient déjà vu mais qui espéraient en voir encore plus, pour le meilleur mais bien plus probablement pour le pire.

26 juin 2249

Les gens me font rire. Ils sont tellement stupides… Ils sont tous là, persuadés que le Phénix ne sait pas vraiment où il va si ce n’est vers une zone où potentiellement il y aurait des planètes sur lesquels nous pourrions vivre. Comme si le conseil Déméterre avait investi dans ce vaisseau pour le voir partir sans destination prédéfinie…

Notre départ était la Terre, et notre arrivée est tout sauf floue : cela fait plusieurs années, 16 ans pour être exact, que nous avons repéré dans notre grande recherche à travers le cosmos cette petite planète vers laquelle nous nous dirigeons actuellement. C’est une Terre bis, à ceci près que nos outils astronomiques ont enregistré des données qui ont retenu toute notre attention au sein de la communauté scientifique.

Il y a ces adeptes de la nouvelle science, ceux qui ne jurent que par ce concept de « divine matrice », qui pensent que chaque chose est dotée d’une conscience, et que tout ce qui existe est lié. Pour eux, l’existence est une infinie toile d’araignée sur laquelle chaque action, chaque pensée, ou encore chaque émotion a un impact, qu’il soit infime ou gigantesque, sur tout le reste. Ces fous sont même persuadés que c’est la conscience même de notre planète qui nous a rejeté, comme un malade tousse pour expulser ce qui l’affaiblit.

Monceaux de conneries !

Enfin bref… Toujours est-il que nous avons mesuré sur la planète vers laquelle nous nous rendons une sorte d’énergie tout à fait unique. C’est proprement inqualifiable tant elle ne ressemble à rien de ce que nous connaissons actuellement… Ce que nous savons pour le moment, c’est qu’elle est présente sur tout le globe, et qu’elle s’y déplace à la manière du sang dans les veines et les artères. Mais le plus important est qu’il pourrait s’agir d’une énergie biologique qui dépasse l’entendement et qui nous propulserait, si nous parvenons à la dompter, vers un bond technologique fantastique !

Incroyable… Rien n’était dû au hasard… Olivier n’en revenait pas. Ce qu’il lisait était la preuve même qu’il était, comme tous les autres colons présents à bord du Phénix, un vulgaire pantin à la solde d’un petit groupe d’individus. Toute cette mission de colonisation n’était donc qu’un prétexte pour mettre la main sur une nouvelle mine d’or, sur un nouveau gisement de pétrole qui pourrait rapporter des milliards et des milliards ?

Allons Olivier, allons… Il ne devait pas sombrer dans la colère aveugle, même si le fait d’être manipulé en permanence lui était insupportable. Oui, il était très certain à la lecture de ces mots que la colonisation n’avait pas pour unique objectif la sauvegarde de l’humanité, mais aussi et surtout son enrichissement, du moins celui de son élite. Toutefois, cette mission demeurait la seule voie salutaire pour l’espèce humaine, et en cela il ne pouvait en aucun cas reprocher quoi que ce soit au conseil Déméterre. Il était seulement malheureux qu’une fois encore, des démarches tournées vers l’avenir de l’homme soient associées à des opérations de recherche de profit.

Sa colère retombant, Olivier reprit la lecture. Il n’avait pas encore découvert le plus sidérant…

10 février 2250

Selon mes calculs, nous arriverons à destination d’ici environ deux mois. Et je ne suis toujours pas parvenu à entrer en contact avec l’avant-poste ! Cela n’augure rien de bon…

Nous savions où nous allions quand nous sommes partis de la Terre, mais le conseil Déméterre avait décidé d’envoyer une mission en guise d’éclaireur. Cette mission, composée de trois cents personnes dont la moitié était des soldats rompus au combat, était censée récolter des données directement sur le terrain pour préparer au mieux notre atterrissage, notre établissement, et par la suite mes recherches.

Si l’avant-poste n’émet pas, cela peut vouloir dire qu’il a été détruit, quant à savoir par quoi… Mais cela peut aussi vouloir dire que leur système de communication n’est plus opérationnel pour X raisons, et ce, nous ne le saurons qu’en arrivant…

De toute façon, même si l’avant-poste s’avèrait détruit, j’en apprendrais grâce à ce qui lui serait arrivé. Après tout, il ne serait qu’un cobaye de plus…

Ce sera sûrement la première chose que je demanderai aux Nornes à mon service : rechercher l’endroit où s’est établie cette mission et, le cas échéant, enquêter sur ce qu’il s’est passé. Évidemment, tout cela doit impérativement rester secret. Il n’y a que l’amiral et moi-même qui soyons au courant de tous les tenants et aboutissants de la mission de colonisation et de ce qui l’entoure. Et encore, même Romus ignore tout de l’avant-poste.

Ce bon vieux Romain… Le « responsable de la colonie »… Même après tous ces mois passés à ses côtés, je ne parviens pas à le cerner. Il me paraît trop instable pour cela. Et s’il y a bien une chose dont j’ai horreur, c’est de l’instabilité.

Olivier laissa retomber la tablette sur ses genoux et ferma les yeux. Il avait envie de hurler. Qu’on lui cache des choses, il ne s’en étonnait même pas. Mais ça… Tout un contingent d’hommes et de femmes envoyés dans le secret le plus absolu, et la seule personne au courant de cela sur cette planète était prête à les considérer comme perdus sans le moindre remords, préférant voir là une aubaine pour parachever des recherches… C’était insupportable !

Quel ignoble personnage ! Rarement Olivier avait eu de telles pensées dans sa tête, seulement en cet instant, il ne souhaitait qu’une chose : la mort de ce sinistre Gabherdt.

Son esprit bouillonnait, d’autant plus que malgré ses désirs mortifères, il se savait pertinemment menotté, pris au piège par sa simple condition humaine et par l’amour qu’il portait à sa famille.

De longues heures s’écoulèrent, et tandis que la nuit tombait au-dehors, ses paupières en firent de même malgré toutes les émotions qui animaient son cerveau.

Le lendemain matin, l’appartement était silencieux, toujours endormi. Lorsque Flora et Ambre s’éveillèrent, elles ne croisèrent par leur père dans la cuisine, comme il s’y trouvait chaque matin pour préparer le petit déjeuner. Il dormait probablement, épuisé qu’il était par tout le travail qui lui incombait. La grande sœur prépara la petite avant de l’emmener à l’école, mais quelque chose en elle la retint quelques secondes avant de partir.

Flora fit attendre sa cadette et retourna dans l’appartement. Aucun son, le silence absolu. Elle se dirigea vers la porte de la chambre de son paternel et y toqua légèrement. Pas de réponse. Elle frappa plus fort, toujours sans succès. Elle appela, doucement, puis elle perdit patience. Elle ouvrit la porte et la scène qui s’offrit à elle fit instantanément couler des larmes sur ses joues.

Son père n’était pas dans la chambre. La vitre était brisée. Et de nombreuses tâches de sang maculaient les draps et le sol.

1d5e740446fce93b38dbde694923e6f5ddddddddddddddddd